Des redevances sans frontières

Le paysage numérique a connu de nombreuses avancées au cours des 25 dernières années, entraînant des changements sans précédent dans le monde des médias. Pour les artistes comme pour l’industrie dans son ensemble, la collaboration au-delà des frontières est devenue essentielle. La Société de gestion des artistes interprètes de l’ACTRA (ACTRA RACS) tire parti de cette mondialisation en renforçant ses relations et en élaborant des stratégies avec des organisations similaires partout dans le monde.

Kortnee Borden

En tant que composante de la Société des droits des artistes interprètes de l’ACTRA (ACTRA PRS), ACTRA RACS se consacre à la collecte et à la distribution de redevances de rémunération équitable aux artistes interprètes pour leur contribution aux œuvres audio et audiovisuelles. Sa mission est de veiller à ce que les artistes reçoivent une juste compensation pour leurs apports créatifs, tout en défendant leurs droits. Ces redevances proviennent de l’utilisation du travail des artistes, notamment les diffusions, les exécutions publiques et la copie privée. En 2024, ACTRA RACS a distribué plus de 3 millions de dollars en redevances perçues à l’extérieur du Canada aux titulaires de droits qu’elle représente, garantissant ainsi une rémunération équitable aux artistes.

Au pays comme à l’étranger, ACTRA RACS joue un rôle essentiel pour s’assurer que les artistes interprètes canadiens soient payés pour leur travail. Sa portée internationale s’est considérablement élargie au cours de la dernière décennie, permettant aux artistes canadiens d’accroître leur visibilité et de recevoir une rémunération provenant de marchés étrangers. Pour de nombreux artistes, ces revenus peuvent être déterminants pour leur subsistance. Actuellement, l’organisation a conclu des ententes dans plus de 40 territoires (et ce nombre continue d’augmenter), se positionnant comme un chef de file de la collecte mondiale des redevances.

Un aspect clé de ce leadership consiste à apprendre des autres. Les relations qu’entretient ACTRA RACS avec d’autres organismes de gestion collective (OGC) à travers le monde sont cruciales. Ces partenariats offrent des perspectives précieuses sur les lois relatives au droit d’auteur à l’échelle internationale. Par exemple, la collaboration avec AIE Espagne nous a permis d’acquérir des connaissances inestimables sur les droits liés à la diffusion en continu. Ces apprentissages nous aident à explorer la possibilité d’adopter, à l’avenir, un cadre semblable au Canada.

Cependant, le travail à l’international comporte aussi des particularités qui peuvent poser des défis, notamment en ce qui concerne l’obtention de paiements de redevances appropriés. Comme mentionné, les lois sur le droit d’auteur et les systèmes de perception des redevances varient d’un pays à l’autre. Pour composer avec ces complexités, ACTRA RACS a établi des partenariats officiels avec des sociétés de gestion collective partout dans le monde. Ces collaborations assurent le respect des lois internationales sur le droit d’auteur tout en maximisant les efforts de perception des redevances. ACTRA RACS est également membre du Conseil des Sociétés pour la Gestion collective des Droits des Artistes Interprètes (SCAPR), un organisme mondial sans but lucratif voué aux meilleures pratiques en matière de perception des redevances. Aux côtés de ses partenaires internationaux, ACTRA RACS travaille à l’établissement de processus cohérents et de normes équitables de distribution des redevances mises en œuvre à l’échelle mondiale.

Au pays comme à l’étranger, ACTRA RACS joue un rôle essentiel pour s’assurer que les artistes interprètes canadiens soient payés pour leur travail.

Processus international de perception des redevances – étape par étape :

  1. Identification des œuvres
    ACTRA RACS maintient une base de données complète du répertoire de ses membres. À l’aide de procédures établies, chaque prestation est enregistrée et liée à ses enregistrements. Ces données constituent la base permettant d’associer les utilisations génératrices de redevances à l’étranger.
  1. Suivi de l’utilisation
    Nous surveillons ensuite l’utilisation des œuvres à partir des rapports fournis par nos partenaires OGC à travers le monde. Cela comprend le suivi des diffusions, des exécutions publiques et des écoutes numériques relevant de la compétence territoriale concernée.
  1. Soumission des réclamations
    Nous envoyons une réclamation à l’OGC concerné afin de vérifier l’utilisation déclarée et de calculer le paiement.
  1. Réception des fonds
    Une fois la vérification effectuée, l’OGC transfère les redevances à ACTRA RACS.
  1. Distribution
    Enfin, nous distribuons ces redevances à nos membres. En retour, nous appliquons ce même processus pour les OGC, selon le type de partenariat établi avec eux.

Le virage vers les médias numériques a entraîné des défis supplémentaires en matière de suivi de l’utilisation et de collecte des redevances, particulièrement en ce qui concerne les plateformes mondiales de diffusion en continu. Dans de nombreux territoires, y compris le Canada, les lois sur le droit d’auteur n’ont pas suivi le rythme de l’essor de l’écoute sur demande comme mode principal de consommation de la musique. C’est l’une des raisons pour lesquelles la sensibilisation mondiale aux droits des artistes interprètes demeure une priorité pour ACTRA RACS. Tant à l’échelle internationale que nationale, ACTRA RACS continue de plaider en faveur de systèmes de redevances améliorés qui profitent aux artistes canadiens et à la communauté créative mondiale.

En tirant parti des plateformes numériques et en élargissant leur portée internationale, les artistes canadiens peuvent exploiter la demande croissante qu’ils ont suscitée, accroître leur visibilité et tisser des liens avec des communautés diverses. À mesure que la demande pour les artistes canadiens augmente, leur présence sur la scène mondiale s’intensifie. Cela rappelle que l’art transcende les frontières et les langues, prenant une forme universelle qui trouve écho auprès des publics du monde entier.

ACTRA RACS simplifie ce processus pour les artistes interprètes en allégeant le fardeau administratif lié à la gestion des redevances dans de multiples territoires. Les artistes peuvent ainsi se concentrer sur ce qui compte vraiment : la création.

En regardant vers l’avenir, ACTRA RACS vise à continuer d’élargir son réseau mondial et à percevoir plus efficacement les redevances dans les marchés émergents des droits voisins, notamment en Inde, en Afrique du Sud et en Corée du Sud. En tirant parti des technologies et de notre communauté internationale, nous améliorerons l’exactitude des données, simplifierons davantage nos processus et poursuivrons une communication ouverte avec nos membres. Nous le constatons déjà grâce à l’adoption de technologies de suivi numérique et à notre participation à la base de données d’enregistrements virtuelle (Virtual Recording Database – VRDB), qui améliore la transparence et l’efficacité de la gestion des redevances.

Alors que le secteur du divertissement se mondialise de plus en plus, ACTRA RACS demeure essentielle à la protection des droits et des moyens de subsistance des artistes canadiens, les aidant à s’épanouir dans un monde interconnecté.


Kortnee Borden est directeur de la Société des Droits des Artistes Interprètes de l’ACTRA (ACTRA PRS) et de la Société de Gestion des Artistes Interprètes (ACTRA RACS). À ce titre, il supervise la collecte et la distribution des droits d’utilisation, des résiduels et des redevances, veillant à ce que les artistes interprètes reçoivent la compensation à laquelle ils ont droit pour l’utilisation de leur travail.


Avec vision : Sharon Bajer

Sharon Bajer, toute première lauréate du Prix Visionnaire de l’ACTRA, partage ses réflexions sur la narration, le mentorat, la sécurité et l’avenir d’un cinéma inclusif.

Forte de plus de 30 ans d’expérience dans l’industrie à titre d’artiste interprète, d’autrice et maintenant de coordonnatrice d’intimité, Sharon Bajer a ouvert la voie à des plateaux plus sécuritaires et inclusifs. Dans cette entrevue exclusive, elle revient sur l’impact de son travail, le pouvoir de la représentation et l’importance centrale de la joie dans le processus créatif.

Q : Que ressentez-vous à l’idée d’être la première récipiendaire du Prix Visionnaire de l’ACTRA ?

Sharon Bajer : Honnêtement, je suis encore sans mots – heureusement que c’est par écrit ! Je suis profondément honorée. Le terme « visionnaire » résonne beaucoup en moi, car j’ai toujours été attirée par les femmes fortes et avant-gardistes dans mon travail. Cela dit, je me tiens sur les épaules de pionnières extraordinaires – Tonia Sina, Clare Warden, Alicia Rodis, Siobhan Richardson, Lindsay Somers, Casey Hudecki et Mackenzie Lawrence. Elles ont façonné le domaine du travail d’intimité, et elles m’inspirent chaque jour. Je suis également reconnaissante envers le Comité national des femmes de l’ACTRA et  le bureau du Manitoba pour leur appui à ce travail à l’échelle locale.

Q : En tant que coordonnatrice d’intimité, vous avez contribué à transformer la façon dont les plateaux abordent les scènes sensibles. Quels moments vous ont particulièrement marquée ?

Bajer : Il y en a beaucoup. Lors de mon tout premier contrat, l’actrice principale – à moitié dévêtue et clairement vulnérable – m’a regardée et m’a dit sans mots : « Je te vois. Merci d’être ici. » Plus tard, elle m’a demandé : « Où étais-tu quand j’avais 18 ans ? » Ça m’a profondément marquée. Pendant la pandémie, j’ai travaillé avec des artistes qui n’avaient embrassé personne depuis deux ans – l’anxiété était bien réelle, même avec les protocoles en place. Ma formation m’a permis de les aider à traverser cette vulnérabilité. J’ai aussi soutenu des réalisateurs qui se sentaient incertains quant à la gestion des scènes intimes, ainsi que des artistes qui voulaient s’assurer que leurs partenaires à l’écran se sentent en sécurité. Et au-delà des interprètes, des membres des équipes coiffure, maquillage et costumes m’ont confié à quel point ils étaient soulagés de pouvoir se concentrer sur leur travail, sachant que quelqu’un veillait au bien-être des artistes.

Q : Quelle autre mesure l’industrie devrait-elle prendre pour soutenir les communautés sous-représentées – en particulier les femmes plus âgées, les personnes 2SLGBTQIA+ et les artistes racisé·e·s ?

Bajer : Tout commence par l’histoire. Soutenir des dramaturges et des scénaristes issus de la diversité, de la conception à la production, crée des occasions et favorise l’empathie. Tout le monde a une histoire, et lorsque nous écoutons celles des autres, nous développons une meilleure compréhension. Inviter des voix ayant des expériences de vie différentes – notamment des créateurs et créatrices plus âgé·e·s – enrichit l’écosystème de l’industrie.

Q : Vous avez vu l’industrie évoluer sur trois décennies. Quels progrès vous semblent les plus marquants ?

Bajer : La plus grande transformation, c’est la prise de conscience. Il y a maintenant une réelle volonté de diversifier les récits – et cela entraîne des répercussions sur tout le reste : des milieux de travail plus sécuritaires, davantage de respect entre les départements et plus de femmes et de personnes marginalisées dans des rôles décisionnels. Les plateaux dirigés par des créateurs et créatrices autochtones au Manitoba, par exemple, comptent parmi les environnements les plus respectueux et collaboratifs que j’ai connus. Nous commençons véritablement à voir le monde à travers un prisme plus large.

Q : Comment conciliez-vous liberté créative et sécurité lors de la coordination de scènes intimes ?

Bajer : La communication est essentielle. Je commence par bien comprendre la vision du ou de la réalisateur·trice, puis je pose les bonnes questions afin de la concrétiser tout en protégeant les artistes. Lorsque les artistes interprètes sont bien informés et que leurs limites sont respectées, ils peuvent consentir pleinement et jouer avec assurance. Je ne suis pas là pour perturber la dynamique entre l’artiste et la réalisation – je suis là pour l’enrichir en favorisant la clarté et le confort. C’est toujours un travail de collaboration.

Q : Le mentorat semble occuper une place importante dans votre parcours. Quels conseils offrez-vous aux artistes émergent·e·s qui aspirent à une carrière dans le milieu du divertissement ?

Bajer : Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Cette industrie exige du temps et de la résilience, et le rejet peut être difficile à encaisser. Plutôt que de développer une carapace – comme on me l’a souvent conseillé – je crois aujourd’hui qu’il vaut mieux canaliser ces émotions vers quelque chose qui vous apporte de la joie. Que ce soit l’écriture, l’enseignement ou tout autre chose, trouvez ce qui vous nourrit pendant que vous bâtissez votre carrière.

Q : Justement, en parlant de joie – qu’est-ce qui vous en apporte le plus ces temps-ci ?

Bajer : Mes enfants, sans hésitation. Je suis devenue maman jeune, et ils m’ont toujours gardée bien ancrée – et humble ! Mon partenaire depuis 25 ans est mon pilier, et maintenant j’ai une petite-fille qui est une source de bonheur pur. Sur le plan créatif, j’aime toujours autant jouer et écrire. Mais au fond, je trouve surtout de la joie dans le fait de bien faire mon travail, quel que soit mon rôle sur un plateau. La vie est trop courte pour s’en priver.

Q : Que vous réserve l’avenir ?

Bajer : Je passe mes étés à jouer et à faire de la coordination d’intimité, et mes hivers au théâtre. Récemment, j’ai coécrit deux nouvelles pièces centrées sur des personnages marginalisés. « Afterlight » suit un vampire dépressif et une femme de 90 ans atteinte de démence – la pièce sera présentée en première à Winnipeg cet automne. « The OutsideInn » raconte l’histoire d’une femme confrontée au cancer et à sa relation difficile avec son fils trans. J’adapte actuellement ces deux œuvres pour l’écran, dans l’espoir de réunir mes passions pour le théâtre, le cinéma et la narration. Voilà la vision. Et je compte bien être à la hauteur de ce prix !


Sharon Bajer est une artiste interprète et dramaturge primée, ainsi que la première coordonnatrice d’intimité certifiée à Winnipeg. Elle a travaillé sur plus de 75 productions, dont The Porter, Little Bird et Orphan: First Kill, et demeure une ardente défenseure du consentement, de la représentation et de la narration sous toutes ses formes.

Photos : Sharon avec Kheon Clark sur le plateau de la saison 1 de Skymed; Sharon sur le plateau de Cold Open avec Krystle Snow et Christian Jordon; sur le plateau de Don’t Even, avec Marion Jacobs et Tess Houston.

Vérités mensongères

Les artistes de l’ACTRA savent reconnaître une bonne histoire quand ils en entendent une. Après tout, c’est notre gagne-pain. Mais que se passe-t-il lorsque la narration devient une arme servant à déformer la réalité ?

Ce n’est pas une hypothèse : cela se produit tous les jours. La manipulation des faits – parfois de mauvaise foi, parfois carrément malveillante – pollue les médias sociaux, les médias d’information et le discours public, minant la confiance envers les institutions qui se basent sur la vérité, y compris les syndicats.

La mésinformation (des informations érronnées diffusées involontairement) et la désinformation (des mensonges délibérés visant à tromper) sont injectées dans l’écosystème médiatique, souvent par des acteurs en quête de gains politiques ou financiers. Ces récits sont conçus pour provoquer, manipuler et devenir viraux.

Ce chaos fabriqué dépasse désormais la sphère politique et vise le travail organisé ainsi que les institutions de défense des droits humains. Lorsque la vérité perd pied, les fondements de la négociation collective, des libertés artistiques et du dialogue civique s’effritent, menaçant notre industrie… et la société dans son ensemble. Pour des syndicats comme le nôtre, il s’agit d’une menace directe et urgente.

La désinformation a déjà délégitimé des normes politiques et sociales, et le monde du travail est maintenant dans sa ligne de mire. En érodant la confiance du public, on ouvre la voie aux forces antisyndicales pour diffuser des mensonges sur les ententes collectives, les droits des travailleuses et travailleurs et le droit à l’action syndicale. Les artistes de l’ACTRA ont vu de première main comment les intérêts corporatifs tirent profit de l’affaiblissement des protections syndicales.

Ne vous y trompez pas : les grandes entreprises souhaitent la fin du mouvement syndical. Les syndicats défendent les travailleuses et travailleurs, ce qui nuit aux entreprises qui priorisent leurs profits plutôt que le bien-être de la classe ouvrière. La formation antisyndicale et le démantèlement syndical constituent une industrie de plusieurs millions de dollars en Amérique du Nord, avec des firmes entièrement consacrées à la destruction du travail organisé. Pour elles, l’utilisation de la désinformation – au travail comme en ligne – est un outil essentiel. Et cela fonctionne. Il suffit de regarder le nombre d’internautes qui répètent des discours comme : « les travailleurs syndiqués sont paresseux » ou « les syndicats sont corrompus et prennent ton argent ». Ces messages sont soigneusement conçus par des provocateurs sur les médias sociaux afin de miner les droits du travail, puis tristement relayés par ceux qui croient à leurs mensonges.

La désinformation n’a pas besoin d’un budget important pour réussir. Une fois implantée – surtout en période de difficultés – un public induit en erreur devient rapidement le vecteur de sa diffusion virale.

Mais que se passe-t-il lorsque les mots ne suffisent plus à propager des faussetés ? C’est là qu’entre en jeu l’arme sournoise de la mésinformation : les hypertrucages (« deepfakes »), un outil particulièrement pernicieux lorsqu’il est utilisé contre les artistes, en raison même de la nature de notre travail.

Si la désinformation est le scénario, les hypertrucages en sont les effets spéciaux. L’intelligence artificielle peut désormais fabriquer des contenus médiatiques si convaincants que n’importe qui peut apparaître dans une vidéo en train de « dire » ou de « faire » des choses qu’il n’a jamais envisagées. Imaginez un extrait montrant un dirigeant syndical de l’ACTRA « appuyant » une loi antisyndicale. Entièrement faux, mais suffisamment crédible pour devenir viral en quelques secondes, avec des conséquences dommageables à long terme.

Souvent présentés comme de l’humour « inoffensif », les hypertrucages servent à banaliser la manipulation médiatique et à réduire la résistance du public. À mesure que ces outils évoluent, il deviendra de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux.

S’attaquer au travail organisé et abuser de notre image est déjà grave, mais qu’en est-il des répercussions sur notre vie quotidienne ? Si vous passez du temps sur les médias sociaux, vous avez sans doute remarqué – et ressenti – un changement majeur dans le ton des échanges, ainsi qu’un approfondissement des divisions en ligne.

Cette transformation ne s’est pas produite du jour au lendemain. Des années d’inégalités de revenus croissantes, de systèmes de classes enracinés et d’injustices en milieu de travail ont créé un terrain fertile à l’exploitation du désespoir économique et politique. Les médias sociaux sont le carburant de cet incendie. La plupart d’entre nous portent un monde médiatique dans leur poche. Nos téléphones intelligents nous alertent des « dernières nouvelles » à une vitesse fulgurante. Mais de quelles vérités s’agit-il ? Le regard médiatique est souvent façonné par ceux qui possèdent la source. Et tout cela avance à une vitesse éclair.

Notre industrie fait face à des menaces liées à l’IA – des droits à l’image numérique aux performances synthétiques, en passant par les informations erronées propagées par des hypertrucages – qui compromettent la sécurité d’emploi et l’intégrité créative. Si elle n’est pas encadrée, cette technologie, et ceux qui l’exploitent, mineront l’art, la démocratie et la vérité elle-même.

C’est pourquoi l’ACTRA investit dans la défense des droits, fait pression auprès du gouvernement canadien et collabore avec des partenaires de l’industrie partout dans le monde afin de promouvoir une législation robuste sur l’IA. Nous nous engageons à protéger les droits des artistes, à défendre notre profession et à contrer la désinformation sous toutes ses formes.

Les membres de l’ACTRA ont aussi un rôle à jouer. Seules les personnes, comités ou groupes autorisés par l’ACTRA peuvent s’exprimer au nom du syndicat. En tant qu’organisation dirigée par ses membres, l’ACTRA est gouvernée par des artistes élus et en activité, qui mettent leur expérience au service du bon fonctionnement du syndicat pour l’ensemble des membres, afin que des communications fiables – fondées sur des faits – leur parviennent en priorité.

Ainsi :

Traitez l’information comme un scénario.
Posez-vous les questions suivantes : Qui l’a écrite ? Pourquoi ? Qui en bénéficie ? Vérifiez toujours avant de partager, surtout si le contenu est provocateur ou suscite une réaction émotionnelle forte.

Identifiez qui parle.
Vérifiez la source. Toute information ou « nouvelle » prétendument émise par votre syndicat devrait toujours être confirmée par les sites Web officiels ou les réseaux sociaux de l’ACTRA. Si vous n’y trouvez pas la même information, considérez-la avec prudence. En cas de doute, communiquez directement avec votre syndicat pour obtenir les faits.

Faites la promotion de l’éducation aux médias.
Encouragez-la dans les écoles, les syndicats et vos réseaux. Un public informé est la meilleure défense contre la désinformation.

Soutenez les médias indépendants.
Une presse libre est le pilier de la démocratie. Sachez qui possède les médias que vous consultez et comment cela influence le récit.

Tenez les entreprises technologiques responsables.
Leurs plateformes profitent des clics, pas de la vérité. Exigez la transparence des algorithmes, des normes plus strictes et de véritables conséquences pour la diffusion de désinformation nuisible. Si une plateforme ne correspond pas à vos valeurs, cherchez-en une autre.

Impliquez-vous.
Que ce soit par le vote, l’organisation ou la mobilisation, votre participation compte. La désinformation se nourrit du silence et de l’indifférence. Les syndicats reposent sur des voix collectives, et ce sont ces voix qui façonnent les résultats.

La désinformation est une mise en scène, mais l’intrigue est bien réelle. Elle prospère dans la confusion, la méfiance et le désengagement. Or, la vérité et les faits, comme toute histoire puissante, ont une force durable. Ils perdurent. En tant que membres de l’ACTRA, nous comprenons le pouvoir du récit. Mettons ce talent au service non seulement du divertissement, mais aussi de la défense des valeurs qui rendent notre art – et notre démocratie – possibles.


Eleanor Noble est la présidente nationale de l’ACTRA – l’Alliance Canadienne des Artistes du Cinéma, de la Télévision et de la Radio.


Le Manitoba en plein essor

Après beaucoup d’années marquées par des hauts et des bas au chapitre de la production, le Manitoba connaît depuis quelques années une période de croissance soutenue – et même record – en production cinématographique et télévisuelle. Des longs métrages hollywoodiens aux téléfilms (MOW), en passant par une nouvelle vague de productions canadiennes émergentes, la province du « Keystone » profite enfin d’une stabilité bien méritée.

Selon Manitoba Film & Music (MFM), le volume de production pour l’exercice financier 2025 s’est établi autour de 400 millions de dollars, une hausse largement attribuable à 18 tournages de services américains majeurs. À titre de comparaison, la production totale pour l’exercice 2023–2024 s’élevait à 225 millions de dollars, une période fortement affectée par les grèves de la WGA et de la SAG-AFTRA.

Parmi les projets récents d’envergure tournés dans la province, on compte le film d’horreur Altar, mettant en vedette January Jones ; la suite d’action Nobody 2 et le suspense Normal, tous deux avec Bob Odenkirk ; l’adaptation de science-fiction de Stephen King The Long Walk, avec Mark Hamill ; la comédie d’action It Takes Two, mettant en vedette Vince Vaughn ; ainsi que le film d’action décalé Love Hurts, avec le lauréat d’un Oscar Ke Huy Quan.

En tant que principal pôle de production de la province, Winnipeg a accueilli la majorité des tournages, ce qui a nécessité une infrastructure de studios adéquate. Heureusement, Big Sky Studios a fait son entrée avec une installation de 187 000 pieds carrés. Entièrement ouvert en 2023, le studio offre quatre plateaux de tournage, des bureaux de production et des espaces de soutien supplémentaires. En s’ajoutant à la capacité déjà offerte par le Manitoba Production Centre, Winnipeg peut désormais accueillir simultanément plusieurs productions majeures.

Meegwun Fairbrother et Victoria Gwendoline dans le film Lucky Strikes d’Apple TV+.

Bien sûr, il ne suffit pas d’avoir d’excellentes installations, des équipes qualifiées et des lieux attrayants pour attirer de grandes productions : le financement joue aussi un rôle clé. À cet égard, le gouvernement provincial du Manitoba a été proactif en mettant en place un crédit d’impôt provincial hautement concurrentiel. Les mesures incitatives comprennent un crédit de 45 % sur les frais salariaux, avec des bonifications pour les tournages fréquents, les coproductions avec une entreprise manitobaine et les tournages à l’extérieur de Winnipeg, ce qui peut représenter jusqu’à 20 % d’économies supplémentaires. En y ajoutant le Crédit d’impôt pour services de production cinématographique ou magnétoscopique du gouvernement fédéral, le Manitoba est devenu extrêmement attrayant pour les producteurs des deux côtés de la frontière.

Attirer les productions est une chose, offrir un service irréprochable en est une autre. Un secteur qui nécessite encore une expansion continue est celui de la main-d’œuvre technique. Avec le chevauchement soudain de projets d’envergure, la disponibilité des équipes a été mise à rude épreuve, ce qui a souvent entraîné des répercussions sur les productions canadiennes à plus petit budget.

Lorsqu’on lui demande ce qui doit se produire pour assurer la croissance de l’industrie manitobaine, Michael Thom, directeur général de Big Sky Studios, cite à la fois « l’infrastructure » et « davantage de personnel qualifié ». Il précise : « Big Sky représente l’infrastructure, et [les groupes de l’industrie] On Screen Manitoba et Manitoba Film & Music travaillent avec les syndicats locaux à la formation des équipes. »

Bien que le Manitoba ait démontré qu’il peut accueillir avec succès des productions hollywoodiennes, les niveaux de production peuvent être changeants et difficiles à reproduire d’une année à l’autre. Comme les grands centres de production de Toronto, Vancouver et Montréal le savent trop bien, des pressions externes imprévisibles rendent les modèles d’affaires instables – particulièrement en ce qui concerne la production américaine. Si l’absence de longs métrages est notable, ce sont souvent les rôles de figurants et les équipes de cascades qui en subissent le plus les contrecoups, compte tenu du grand nombre de productions axées sur l’action. Les rôles principaux et secondaires à l’écran, toutefois, ressentiraient moins fortement une éventuelle diminution des tournages de services américains.

« Nous n’avons pas l’habitude que les productions de niveau A constituent une part aussi importante de notre écosystème », explique Rea Kavanagh, représentante du bureau manitobain de l’ACTRA. « Nous souhaitons que ces occasions contribuent à notre croissance, mais historiquement, notre communauté d’interprètes n’en dépend pas. »

L’activité des téléfilms (MOW) est demeurée stable en 2024, dans la lignée des années précédentes. À elle seule, la chaîne américaine Hallmark a tourné huit téléfilms dans la province, dont Following Yonder Star et Hanukkah on the Rocks. « Ces productions embauchent un bon nombre de nos artistes locaux », souligne Kavanagh. « Elles constituent une source de travail fiable ici. »

Encore plus prometteur pour la culture canadienne et l’industrie nationale est le flux constant de productions canadiennes, qui offrent souvent les meilleures opportunités aux artistes manitobains.

Notre industrie locale a longtemps survécu – et souvent prospéré – même durant les grèves hollywoodiennes, grâce aux productions indépendantes

affirme Kalyn Bomback

Pour certains artistes membres de l’ACTRA, l’arrivée de grandes productions au Manitoba représente une arme à double tranchant. « Les grosses productions sont la raison pour laquelle je me suis lancé dans ce milieu », explique Darcy Waite, acteur et cinéaste, dont le premier long métrage à titre de réalisateur, la comédie Lucky Strikes, est sorti en 2024.

« C’est formidable de travailler sur ces plateaux et de côtoyer des vedettes », poursuit-il, « mais en général, ces productions de niveau A embauchent peu d’artistes locaux, contrairement aux téléfilms et aux productions indépendantes de nos créateurs d’ici. Lucky Strikes mettait exclusivement en vedette des artistes manitobains. »

Un secteur où l’industrie manitobaine connaît une croissance remarquable et crée de nombreux emplois est celui, en plein essor, de la production autochtone. Des productions en cours, comme la série humoristique Acting Good (CTV/APTN), deviennent rapidement des piliers de la communauté de production et des créateurs d’emplois fiables.

Little Bird, Ellyn Jade et Osawa Muskwa. Photo : Steve Ackerman

Afin de soutenir davantage ce secteur et d’en assurer la pérennité, le Winnipeg Indigenous Filmmakers Collective joue un rôle clé en développant et en valorisant les talents autochtones locaux. « C’est un groupe incroyable », affirme l’actrice, scénariste et réalisatrice Mary Galloway, qui a réalisé un court métrage dans le cadre de l’incubateur de récits Legacy Lens du collectif – une série de courts films inspirés des histoires d’Aînés.

« Ces petits projets passion sont profondément significatifs pour notre communauté, et je ne crois pas qu’ils verraient le jour ailleurs », ajoute Galloway. Elle souligne également que le collectif offre une formation technique essentielle. Elle a récemment participé à une séance consacrée au tournage en pellicule 35 mm, un format qui refuse de disparaître.

La production dans ce secteur n’a cessé de gagner en importance depuis la création de l’Indigenous Screen Office par le gouvernement en 2017. En plus de Acting Good (qui a été renouvelée pour une saison 5 !), le bureau a soutenu plusieurs projets tournés localement, dont la minisérie Little Bird (Crave/APTN), The Neighborhood Watch et la série animée jeunesse Chums. Bien qu’un soutien accru soit toujours nécessaire, le Manitoba est bien positionné pour devenir un centre majeur de production autochtone à l’avenir. Parmi les récentes productions indépendantes autochtones figurent également Aberdeen et Green Hill.

Comme dans tout centre de production où les artistes se rassemblent pour travailler, un syndicat local fort et actif est essentiel, tant pour la promotion que pour la protection de

ses membres. ACTRA Manitoba a connu une augmentation marquée de ses responsabilités et de son volume de travail, son équipe réduite mais dynamique accomplissant un travail remarquable au service des membres à l’échelle provinciale et nationale. Les artistes peuvent bénéficier de plusieurs initiatives de perfectionnement offertes par l’ACTRA Manitoba, notamment un programme de mentorat, des ateliers réguliers de l’industrie et une série d’autonomisation destinée aux artistes femmes.

« Nous comptons déjà parmi nos membres un groupe de personnes extrêmement talentueuses, mais le métier d’acteur exige une formation continue, car il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre », affirme Kalyn Bomback, présidente de l’ACTRA Manitoba.

« Le rôle du syndicat dans le développement d’une communauté d’artistes forte dans cette magnifique province est crucial. Plus il y a de productions, plus il y a d’occasions – et donc plus d’artistes. Si la production au Manitoba est véritablement en hausse, les artistes de l’ACTRA doivent faire partie intégrante de cette vague. »


Photo principale :

Lucky Strikes est une comédie d’action mettant en vedette Meegwun Fairbrother, Victoria Gwendoline, Gabriel Daniels, Stephanie Sy et Star Slade. Le film est maintenant disponible en streaming sur Crave et offert sur Apple TV. Il est produit par Madison Thomas et écrit et réalisé par Darcy Waite, membre de l’ACTRA.

Mark Dillon a contribué à cet article.