Après beaucoup d’années marquées par des hauts et des bas au chapitre de la production, le Manitoba connaît depuis quelques années une période de croissance soutenue – et même record – en production cinématographique et télévisuelle. Des longs métrages hollywoodiens aux téléfilms (MOW), en passant par une nouvelle vague de productions canadiennes émergentes, la province du « Keystone » profite enfin d’une stabilité bien méritée.
Selon Manitoba Film & Music (MFM), le volume de production pour l’exercice financier 2025 s’est établi autour de 400 millions de dollars, une hausse largement attribuable à 18 tournages de services américains majeurs. À titre de comparaison, la production totale pour l’exercice 2023–2024 s’élevait à 225 millions de dollars, une période fortement affectée par les grèves de la WGA et de la SAG-AFTRA.
Parmi les projets récents d’envergure tournés dans la province, on compte le film d’horreur Altar, mettant en vedette January Jones ; la suite d’action Nobody 2 et le suspense Normal, tous deux avec Bob Odenkirk ; l’adaptation de science-fiction de Stephen King The Long Walk, avec Mark Hamill ; la comédie d’action It Takes Two, mettant en vedette Vince Vaughn ; ainsi que le film d’action décalé Love Hurts, avec le lauréat d’un Oscar Ke Huy Quan.
En tant que principal pôle de production de la province, Winnipeg a accueilli la majorité des tournages, ce qui a nécessité une infrastructure de studios adéquate. Heureusement, Big Sky Studios a fait son entrée avec une installation de 187 000 pieds carrés. Entièrement ouvert en 2023, le studio offre quatre plateaux de tournage, des bureaux de production et des espaces de soutien supplémentaires. En s’ajoutant à la capacité déjà offerte par le Manitoba Production Centre, Winnipeg peut désormais accueillir simultanément plusieurs productions majeures.

Bien sûr, il ne suffit pas d’avoir d’excellentes installations, des équipes qualifiées et des lieux attrayants pour attirer de grandes productions : le financement joue aussi un rôle clé. À cet égard, le gouvernement provincial du Manitoba a été proactif en mettant en place un crédit d’impôt provincial hautement concurrentiel. Les mesures incitatives comprennent un crédit de 45 % sur les frais salariaux, avec des bonifications pour les tournages fréquents, les coproductions avec une entreprise manitobaine et les tournages à l’extérieur de Winnipeg, ce qui peut représenter jusqu’à 20 % d’économies supplémentaires. En y ajoutant le Crédit d’impôt pour services de production cinématographique ou magnétoscopique du gouvernement fédéral, le Manitoba est devenu extrêmement attrayant pour les producteurs des deux côtés de la frontière.
Attirer les productions est une chose, offrir un service irréprochable en est une autre. Un secteur qui nécessite encore une expansion continue est celui de la main-d’œuvre technique. Avec le chevauchement soudain de projets d’envergure, la disponibilité des équipes a été mise à rude épreuve, ce qui a souvent entraîné des répercussions sur les productions canadiennes à plus petit budget.
Lorsqu’on lui demande ce qui doit se produire pour assurer la croissance de l’industrie manitobaine, Michael Thom, directeur général de Big Sky Studios, cite à la fois « l’infrastructure » et « davantage de personnel qualifié ». Il précise : « Big Sky représente l’infrastructure, et [les groupes de l’industrie] On Screen Manitoba et Manitoba Film & Music travaillent avec les syndicats locaux à la formation des équipes. »
Bien que le Manitoba ait démontré qu’il peut accueillir avec succès des productions hollywoodiennes, les niveaux de production peuvent être changeants et difficiles à reproduire d’une année à l’autre. Comme les grands centres de production de Toronto, Vancouver et Montréal le savent trop bien, des pressions externes imprévisibles rendent les modèles d’affaires instables – particulièrement en ce qui concerne la production américaine. Si l’absence de longs métrages est notable, ce sont souvent les rôles de figurants et les équipes de cascades qui en subissent le plus les contrecoups, compte tenu du grand nombre de productions axées sur l’action. Les rôles principaux et secondaires à l’écran, toutefois, ressentiraient moins fortement une éventuelle diminution des tournages de services américains.
« Nous n’avons pas l’habitude que les productions de niveau A constituent une part aussi importante de notre écosystème », explique Rea Kavanagh, représentante du bureau manitobain de l’ACTRA. « Nous souhaitons que ces occasions contribuent à notre croissance, mais historiquement, notre communauté d’interprètes n’en dépend pas. »
L’activité des téléfilms (MOW) est demeurée stable en 2024, dans la lignée des années précédentes. À elle seule, la chaîne américaine Hallmark a tourné huit téléfilms dans la province, dont Following Yonder Star et Hanukkah on the Rocks. « Ces productions embauchent un bon nombre de nos artistes locaux », souligne Kavanagh. « Elles constituent une source de travail fiable ici. »
Encore plus prometteur pour la culture canadienne et l’industrie nationale est le flux constant de productions canadiennes, qui offrent souvent les meilleures opportunités aux artistes manitobains.
Notre industrie locale a longtemps survécu – et souvent prospéré – même durant les grèves hollywoodiennes, grâce aux productions indépendantes
affirme Kalyn Bomback
Pour certains artistes membres de l’ACTRA, l’arrivée de grandes productions au Manitoba représente une arme à double tranchant. « Les grosses productions sont la raison pour laquelle je me suis lancé dans ce milieu », explique Darcy Waite, acteur et cinéaste, dont le premier long métrage à titre de réalisateur, la comédie Lucky Strikes, est sorti en 2024.
« C’est formidable de travailler sur ces plateaux et de côtoyer des vedettes », poursuit-il, « mais en général, ces productions de niveau A embauchent peu d’artistes locaux, contrairement aux téléfilms et aux productions indépendantes de nos créateurs d’ici. Lucky Strikes mettait exclusivement en vedette des artistes manitobains. »
Un secteur où l’industrie manitobaine connaît une croissance remarquable et crée de nombreux emplois est celui, en plein essor, de la production autochtone. Des productions en cours, comme la série humoristique Acting Good (CTV/APTN), deviennent rapidement des piliers de la communauté de production et des créateurs d’emplois fiables.

Afin de soutenir davantage ce secteur et d’en assurer la pérennité, le Winnipeg Indigenous Filmmakers Collective joue un rôle clé en développant et en valorisant les talents autochtones locaux. « C’est un groupe incroyable », affirme l’actrice, scénariste et réalisatrice Mary Galloway, qui a réalisé un court métrage dans le cadre de l’incubateur de récits Legacy Lens du collectif – une série de courts films inspirés des histoires d’Aînés.
« Ces petits projets passion sont profondément significatifs pour notre communauté, et je ne crois pas qu’ils verraient le jour ailleurs », ajoute Galloway. Elle souligne également que le collectif offre une formation technique essentielle. Elle a récemment participé à une séance consacrée au tournage en pellicule 35 mm, un format qui refuse de disparaître.
La production dans ce secteur n’a cessé de gagner en importance depuis la création de l’Indigenous Screen Office par le gouvernement en 2017. En plus de Acting Good (qui a été renouvelée pour une saison 5 !), le bureau a soutenu plusieurs projets tournés localement, dont la minisérie Little Bird (Crave/APTN), The Neighborhood Watch et la série animée jeunesse Chums. Bien qu’un soutien accru soit toujours nécessaire, le Manitoba est bien positionné pour devenir un centre majeur de production autochtone à l’avenir. Parmi les récentes productions indépendantes autochtones figurent également Aberdeen et Green Hill.
Comme dans tout centre de production où les artistes se rassemblent pour travailler, un syndicat local fort et actif est essentiel, tant pour la promotion que pour la protection de
ses membres. ACTRA Manitoba a connu une augmentation marquée de ses responsabilités et de son volume de travail, son équipe réduite mais dynamique accomplissant un travail remarquable au service des membres à l’échelle provinciale et nationale. Les artistes peuvent bénéficier de plusieurs initiatives de perfectionnement offertes par l’ACTRA Manitoba, notamment un programme de mentorat, des ateliers réguliers de l’industrie et une série d’autonomisation destinée aux artistes femmes.
« Nous comptons déjà parmi nos membres un groupe de personnes extrêmement talentueuses, mais le métier d’acteur exige une formation continue, car il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre », affirme Kalyn Bomback, présidente de l’ACTRA Manitoba.
« Le rôle du syndicat dans le développement d’une communauté d’artistes forte dans cette magnifique province est crucial. Plus il y a de productions, plus il y a d’occasions – et donc plus d’artistes. Si la production au Manitoba est véritablement en hausse, les artistes de l’ACTRA doivent faire partie intégrante de cette vague. »
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Lucky Strikes est une comédie d’action mettant en vedette Meegwun Fairbrother, Victoria Gwendoline, Gabriel Daniels, Stephanie Sy et Star Slade. Le film est maintenant disponible en streaming sur Crave et offert sur Apple TV. Il est produit par Madison Thomas et écrit et réalisé par Darcy Waite, membre de l’ACTRA.
Mark Dillon a contribué à cet article.

